Chapitre 2
A l'aube, nous fîmes nos paquetages. L'aubergiste nous
apporta un maigre déjeuner constitué de gruau et d'une tasse de Klah
tiède. Il nous réclama son dût d'un air rogue: "Cela fera trois pièces de
cuivres pour le coucher et une pièce pour le petit-déjeuner." Je
déboursai la somme et les lui tendis. Il me les prit d'un geste brusque et
nous regarda d'un air dégouté.
"Avez vous de quoi nous laver? demandai-je.
-Ca fera trois pièces en plus..." répondit il en tendant la main. Les pièces tintèrent et le tavernier nous indiqua l'écurie de l'autre côté de la cour. "Je vous envoi quelqu'un de suite."
Il repartit servir ses autres clients.
Plus d'un quart d'heure plus tard, une femme nous apporta un sceau d'eau chaude et savonneuse et repartit sans un mot.
Une fois décrassés et rasés, nous sortîmes de l'auberge en direction de l'Ouest, la rosée couvrait les
toits des bâtisses encore endormies, le brouillard matinal tardait à se
lever. Nous arrivâmes bientôt sur la grande place du marché. Les
marchands installaient leurs articles. Je m'arrêtai près d'un étalage
pour y jeter un oeil. Tout de suite un petit homme suréxité s'affaira:
"Je vois que vous êtes intéressé par mes étoffes... Regardez celle-ci,
elle ressort parfaitement avec votre tunique, elle sera du plus belle
effet, et elle est à un prix tout a fait raisonnable." Cette étoffe
coûtait un prix exorbitant. D'un signe de tête je le renvoyai. Il s'affera
près d'un autre intéressé ne me considérant plus comme "profitable". Je
m'arrêtai ensuite près d'un autre marchand. "Bonjour, me fit-il
gaiement, de quoi ont besoin nos braves gens?"
Je lui rendis son salut
d'un simple signe de tête. "Je voudrais du poisson séché, des feuilles
de Liioth et une corde de dix coudées." De bonne humeur il s'empressa de
me dégoter ce que je lui avais demandé en chantonnant un air typique de
Contagure.
Nous repartîmes par une ruelle étroite. Quelques minutes plus tard, nous
étions sortis de la ville. La ville n'était pas aussi grande que je
l'aurais cru.
Nous longions l'Itmaeer, fleuve réputé pour son poisson
abondant. Le fleuve nous conduirait en amont vers les montagnes de Drakmor,
vers le Fort d'Airan qui serait notre prochaine étape. Une légende
racontait qu'un nain dénommé Drakmor avait donné son nom aux montagnes en
les franchissant alors que l'eau recouvrait encore la plaine du
Drakwald. On raconte qu'il fit construire un château à l'endroit où lui apparut
le Dieu Tar.
Au bout de quelques heures de marche, un hennissement
nous fit sursauter. Il provenait de la droite, d'un bosquet touffu où
nous aperçûmes trois chevaux. Leurs propriétaires, le dos transpercé de
flèches gisaient dans un amas de boue. Nous nous approchâmes des corps,
guettant le moindre signe de leurs poursuivants. Tout semblait calme.
Pendant que Lemn dépouillait les corps ensanglantés, je montai la garde.
Les traces n'étaient pas très fraîches, cinq heures tout au plus. Je ne
m'attendai donc pas à voir apparaître leurs assaillants. J'allais
ensuite examiner les chevaux et en déclarai un inapte, la cuisse de l'animal
était transpercé par deux flèches. J'abattis le cheval blessé d'un coup pour lui épargner des souffrances inutiles. Je pris
les deux autres chevaux épuisés puis les désellai. Les chevaux entravés,
je préparai un feu pour nous restaurer. Dans leurs sacoches, Lemn
trouva une poignée de pièces sans valeur et une carte de la région qui nous
serait, je pense, d'une grande utilité pour nous repérer. "Ces chevaux
nous permettront de rejoindre le Fort avant la prochaine Lune...
-Le chemin semble dangereux si j'en crois leurs anciens propriétaires. Il
faudra être prudent.
-Ces flèches portent les marques du Dieu Tar.
Peut-être une tribu de la montagne, ajouta Lemn, en examinant la flèche qu'il
tenait en main." En effet, une marque sombre sur la flèche représentait
un loup aux crocs dénudés.
"Profitons de la nuit pour arriver au
village de Maltuf, il se trouve d'après la carte à quelques lieues d'ici.
-Je vais préparer les chevaux."
Nous reprîmes quelques temps plus tard
notre route avec nos nouvelles montures. Celle de Lemn était noire d'une
taille moyenne pour un coursier. Il répondait soigneusement au
déplacements demandés. Mon cheval était un alezan fauve de grande taille.
Entêté, il dépassait le cheval de mon camarade pour se placer en tête. "Je
vais l'appeler Métyf, me dit Lemn en montrant sa monture, et comment se
nomme ton compagnon?" Il me décocha un regard taquin.
"Je ne sais pas...
Je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je pense que Lheur lui conviendra." Je
tapais affectueusement l'encolure de mon animal qui sembla acquiescer
en secouant vivement la tête.
Le chemin devint assez large pour
circuler sans encombre flanc à flanc. Une odeur de terre et de résine se
mêlaient à l'odeur peu commune du fleuve crayeux. Petit à petit, je glissai
dans une sorte de torpeur... Cet objet que nous transportions et qui
attirait tant de convoitise méritait-il que je sacrifie ma vie et celle
de mon compagnon? Lemn m'interrompit dans mes rêveries: "Quelqu'un
vient."
Le bruit s'amplifia. C'était une caravane de marchands, nous leur
fîmes signe et ils s'arrêtèrent. "Qu'voulez?
-Quel genre d'articles
vendez-vous?
-J'vends des v'tements, nous v'nons de Melden et f'sons
route vers Naggaroth.
-Je veux deux tuniques souples et résistantes pour
moi et mon compagnon.
-V'nez à l'arrière mes p'tit gars, j'vais vous
trouver quequ'chose."
Notre vendeur nous fit essayer deux tuniques. Ma
tunique était noire et souple et ne gênait pas mes déplacements, celle de
Lemn était d'un bleu sombre et plus courte que la mienne. Pendant que
nous enfilions les tuniques, le reste de la caravane s'ébranla et
disparut au tournant du chemin. En payant, j'appris que Maltuf n'était qu'à
quelques minutes, une simple bourgade sans intérêt selon notre vendeur
qui pressa son attelage pour rejoindre la sécurité de la caravane.
Le village était construit à la lisière du bois, des torches résineuses
encadraient les portes des bâtisses. Et leurs flammes vacillaient au grès
des vents. Une demeure plus grande que les autres semblait faire office
de maison communale. Notre arrivée n'était pas passée inaperçue. Un
grand homme barbu à la carrure imposante s'approcha. "Maltuf vous
hébergera si vos intentions sont honorables.
-Nous ne cherchons qu'un endroit
pour dormir.
-Alors la grange au Nord du village vous conviendra
certainement." dit-il en nous montrant de la main un chemin faiblement
éclairé.
Nous nous mîmes donc en route vers notre hébergement. La bâtisse
était décrépie par endroit mais semblait encore solide. Des fentes dans le
mur faisaient office de fenêtres. Je pris Lheur et Métyf par la bride
et les emmenèrent Sur la paille fraîche dans un coin de la grange. Je
défis nos bagages et sortis deux tranches de poisson. Il me restait du
pain de l'auberge que j'avais pris au cas où nous en aurions besoin. Je
le coupais en deux et le donnais aux chevaux affamés. Après notre repas,
nous nous installâmes sur la paille au fond de la grange et essayâmes
de trouver notre sommeil, ce qui n'était pas chose facile avec le bruit
du vent qui sifflait par les piteuses fenètres.
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A l'aube, nous fîmes nos paquetages. L'aubergiste nous
apporta un maigre déjeuner constitué de gruau et d'une tasse de Klah
tiède. Il nous réclama son dût d'un air rogue: "Cela fera trois pièces de
cuivres pour le coucher et une pièce pour le petit-déjeuner." Je
déboursai la somme et les lui tendis. Il me les prit d'un geste brusque et
nous regarda d'un air dégouté.
"Avez vous de quoi nous laver? demandai-je.
-Ca fera trois pièces en plus..." répondit il en tendant la main. Les pièces tintèrent et le tavernier nous indiqua l'écurie de l'autre côté de la cour. "Je vous envoi quelqu'un de suite."
Il repartit servir ses autres clients.
Plus d'un quart d'heure plus tard, une femme nous apporta un sceau d'eau chaude et savonneuse et repartit sans un mot.
Une fois décrassés et rasés, nous sortîmes de l'auberge en direction de l'Ouest, la rosée couvrait les
toits des bâtisses encore endormies, le brouillard matinal tardait à se
lever. Nous arrivâmes bientôt sur la grande place du marché. Les
marchands installaient leurs articles. Je m'arrêtai près d'un étalage
pour y jeter un oeil. Tout de suite un petit homme suréxité s'affaira:
"Je vois que vous êtes intéressé par mes étoffes... Regardez celle-ci,
elle ressort parfaitement avec votre tunique, elle sera du plus belle
effet, et elle est à un prix tout a fait raisonnable." Cette étoffe
coûtait un prix exorbitant. D'un signe de tête je le renvoyai. Il s'affera
près d'un autre intéressé ne me considérant plus comme "profitable". Je
m'arrêtai ensuite près d'un autre marchand. "Bonjour, me fit-il
gaiement, de quoi ont besoin nos braves gens?"
Je lui rendis son salut
d'un simple signe de tête. "Je voudrais du poisson séché, des feuilles
de Liioth et une corde de dix coudées." De bonne humeur il s'empressa de
me dégoter ce que je lui avais demandé en chantonnant un air typique de
Contagure.
Nous repartîmes par une ruelle étroite. Quelques minutes plus tard, nous
étions sortis de la ville. La ville n'était pas aussi grande que je
l'aurais cru.
Nous longions l'Itmaeer, fleuve réputé pour son poisson
abondant. Le fleuve nous conduirait en amont vers les montagnes de Drakmor,
vers le Fort d'Airan qui serait notre prochaine étape. Une légende
racontait qu'un nain dénommé Drakmor avait donné son nom aux montagnes en
les franchissant alors que l'eau recouvrait encore la plaine du
Drakwald. On raconte qu'il fit construire un château à l'endroit où lui apparut
le Dieu Tar.
Au bout de quelques heures de marche, un hennissement
nous fit sursauter. Il provenait de la droite, d'un bosquet touffu où
nous aperçûmes trois chevaux. Leurs propriétaires, le dos transpercé de
flèches gisaient dans un amas de boue. Nous nous approchâmes des corps,
guettant le moindre signe de leurs poursuivants. Tout semblait calme.
Pendant que Lemn dépouillait les corps ensanglantés, je montai la garde.
Les traces n'étaient pas très fraîches, cinq heures tout au plus. Je ne
m'attendai donc pas à voir apparaître leurs assaillants. J'allais
ensuite examiner les chevaux et en déclarai un inapte, la cuisse de l'animal
était transpercé par deux flèches. J'abattis le cheval blessé d'un coup pour lui épargner des souffrances inutiles. Je pris
les deux autres chevaux épuisés puis les désellai. Les chevaux entravés,
je préparai un feu pour nous restaurer. Dans leurs sacoches, Lemn
trouva une poignée de pièces sans valeur et une carte de la région qui nous
serait, je pense, d'une grande utilité pour nous repérer. "Ces chevaux
nous permettront de rejoindre le Fort avant la prochaine Lune...
-Le chemin semble dangereux si j'en crois leurs anciens propriétaires. Il
faudra être prudent.
-Ces flèches portent les marques du Dieu Tar.
Peut-être une tribu de la montagne, ajouta Lemn, en examinant la flèche qu'il
tenait en main." En effet, une marque sombre sur la flèche représentait
un loup aux crocs dénudés.
"Profitons de la nuit pour arriver au
village de Maltuf, il se trouve d'après la carte à quelques lieues d'ici.
-Je vais préparer les chevaux."
Nous reprîmes quelques temps plus tard
notre route avec nos nouvelles montures. Celle de Lemn était noire d'une
taille moyenne pour un coursier. Il répondait soigneusement au
déplacements demandés. Mon cheval était un alezan fauve de grande taille.
Entêté, il dépassait le cheval de mon camarade pour se placer en tête. "Je
vais l'appeler Métyf, me dit Lemn en montrant sa monture, et comment se
nomme ton compagnon?" Il me décocha un regard taquin.
"Je ne sais pas...
Je n'y ai pas vraiment réfléchi. Je pense que Lheur lui conviendra." Je
tapais affectueusement l'encolure de mon animal qui sembla acquiescer
en secouant vivement la tête.
Le chemin devint assez large pour
circuler sans encombre flanc à flanc. Une odeur de terre et de résine se
mêlaient à l'odeur peu commune du fleuve crayeux. Petit à petit, je glissai
dans une sorte de torpeur... Cet objet que nous transportions et qui
attirait tant de convoitise méritait-il que je sacrifie ma vie et celle
de mon compagnon? Lemn m'interrompit dans mes rêveries: "Quelqu'un
vient."
Le bruit s'amplifia. C'était une caravane de marchands, nous leur
fîmes signe et ils s'arrêtèrent. "Qu'voulez?
-Quel genre d'articles
vendez-vous?
-J'vends des v'tements, nous v'nons de Melden et f'sons
route vers Naggaroth.
-Je veux deux tuniques souples et résistantes pour
moi et mon compagnon.
-V'nez à l'arrière mes p'tit gars, j'vais vous
trouver quequ'chose."
Notre vendeur nous fit essayer deux tuniques. Ma
tunique était noire et souple et ne gênait pas mes déplacements, celle de
Lemn était d'un bleu sombre et plus courte que la mienne. Pendant que
nous enfilions les tuniques, le reste de la caravane s'ébranla et
disparut au tournant du chemin. En payant, j'appris que Maltuf n'était qu'à
quelques minutes, une simple bourgade sans intérêt selon notre vendeur
qui pressa son attelage pour rejoindre la sécurité de la caravane.
Le village était construit à la lisière du bois, des torches résineuses
encadraient les portes des bâtisses. Et leurs flammes vacillaient au grès
des vents. Une demeure plus grande que les autres semblait faire office
de maison communale. Notre arrivée n'était pas passée inaperçue. Un
grand homme barbu à la carrure imposante s'approcha. "Maltuf vous
hébergera si vos intentions sont honorables.
-Nous ne cherchons qu'un endroit
pour dormir.
-Alors la grange au Nord du village vous conviendra
certainement." dit-il en nous montrant de la main un chemin faiblement
éclairé.
Nous nous mîmes donc en route vers notre hébergement. La bâtisse
était décrépie par endroit mais semblait encore solide. Des fentes dans le
mur faisaient office de fenêtres. Je pris Lheur et Métyf par la bride
et les emmenèrent Sur la paille fraîche dans un coin de la grange. Je
défis nos bagages et sortis deux tranches de poisson. Il me restait du
pain de l'auberge que j'avais pris au cas où nous en aurions besoin. Je
le coupais en deux et le donnais aux chevaux affamés. Après notre repas,
nous nous installâmes sur la paille au fond de la grange et essayâmes
de trouver notre sommeil, ce qui n'était pas chose facile avec le bruit
du vent qui sifflait par les piteuses fenètres.
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